Comparer, classer... est-ce bien pertinent ?

Ces derniers temps est réapparu un vieux débat consistant à comparer les diverses disciplines martiales et sports de combat. L'issue de cette discussion devant se solder par une sorte de classement de ces disciplines avec pour critère déterminant l'efficacité en combat réel.

Déjà, dans les années 70, il était courant de comparer les arts martiaux chinois avec leurs homologues japonais. En ce temps là, Bruce Lee était sur tous les écrans mais c'était le karaté et le judo qui - en France - voyaient venir vers eux le plus grand nombre de pratiquants. Les arts martiaux chinois étaient même sous la coupe de la fédération de karaté. Combien de fois avons nous lu ou entendu que les japonais avaient améliorer le "kung fu" pour en faire une pratique plus efficace ? Vieille polémique sur fond de querelle ethnique bien détestable. Faut-il rappeler les évènements marquants du XXème siècle, avec notamment l'occupation de la Chine par l'armée impériale japonaise et ces nombreux crimes envers la population civile ? Les films où apparait Bruce Lee relatent justement ces faits et ce thème revient souvent dans le cinéma d'arts martiaux chinois (avec des relents de nationalisme bien détestables aussi, d'ailleurs...). Notons tout de même que des films comme "Shaolin contre ninja", avec Gordon Liu, ont tenté de calmer les esprits et de prôner un respect mutuel entre les peuples.

Récemment donc, c'est à la suite d'une chronique de José Carmona (lisible sur son site www.shenjiying.com) que certains se sont plus à étaler niaiseries et grossièretés sur le sujet. S'il est vrai que José Carmona a pu employer des mots un peu provocateurs, il n'en reste pas moins que les accusations de racisme qu'on lui fait sont totalement infondées. Que dit M. Carmona ? Qu'il existe depuis bien longtemps un mysticisme autour des arts martiaux chinois, mysticisme consistant à faire croire en des pouvoirs surnaturels dont pourraient se doter les pratiquants de ces disciplines. La littérature et le cinéma ont largement contribué à propager ces croyances. Si pour ma part j'apprécie des films dans lesquels les héros volent de toits en toits et sont capables de venir seuls à bout de centaines d'adversaires, je garde la tête froide et sait faire la part des choses entre imaginaire fantastique et la dure réalité de la vie réellement vécue.

D'autre part, José Carmona affirme que si l'on vise l'efficacité en combat (surtout si l'on escompte des résultats rapides) notamment dans la perspective de l'auto-défense, mieux vaut pratiquer le sanda ou le close combat plutôt que le taiji quan, y compris dans ses versions les plus martiales. Je suis d'accord avec ce jugement, la simple expérience suffit à le montrer et il n'y a pas besoin de disserter des heures là-dessus.

Là où les choses se corsent, c'est quand José Carmona procède à un comparatif entre arts martiaux d'extrême-orient et d'occident et opère comme un classement. Quel sens cela a-t-il ? Certes, le mysticisme et l'exotisme qui entourent les arts orientaux pèse de tout son poids sur bon nombre de têtes occidentales, particulièrement chez les plus jeunes. Et alors ? Certes, comme le souligne José, des karatéka ont été battus par des pratiquants de boxe française. Et alors ? Nous pourrions trouver autant de contre exemples. Est-ce l'art pratiqué - et l'origine géographique de celui-ci - qui fait l'efficacité ? Ou bien la façon de s'entraîner et surtout les circonstances du combat ? Car le combat sur ring ou tatami n'est pas la même chose que dans la rue. Un loulou qui aime la baston tous les samedis soirs sera peut-être mieux armé que le champion de boxe ou de free fight...

En réalité, chacun pratique pour des motivations personnelles et en fonction de divers impératifs liés à la vie quotidienne. On pourra toujours gloser sur telle ou telle croyance ou supercherie (car les deux vont de pair : celui qui embobine n'est rien sans celui qui gobe bêtement les mensonges et manipulations). Si l'on y réfléchit bien, de nombreux points communs existent entre les divers arts du combats qui existent partout sur la planète. Alors, jouer à celui qui est le plus fort me semble bien dérisoire et mesquin.

Néanmoins, confronter les différentes expériences, les différentes méthodes et approches reste quelque chose de positif et de bénéfique à mes yeux. Notons encore que pour une même discipline, et même pour un même style et une même école, la façon de pratiquer sera différente en fonction non seulement des motivations des élèves mais aussi du point de vue et du comportement de l'enseignant. Ce qui peut être un véritable atout pour le pratiquant qui veut que sa pratique puisse lui servir à quelque chose en cas de problème, c'est l'ouverture d'esprit, la confrontation curieuse avec les autres et un sens critique seul capable de servir à l'autonomie des individus.

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